Le régime de l’entreprise ultramarine par Manuel Baudouin.
Dans le cadre de l’assemblée générale du 21 mars 2013 de Contact Entreprises, le Président de la CCI Martinique, Manuel Baudouin, invite les chefs d’entreprises présents à découvrir un travail mené par les CCi des outres-mers, le régime de l’entreprise ultramarine.
Pour ma part je découvre dans ce discours un manifeste fondateur d’un nouvel espoir économique. Enfin serais-je tenté de dire ! Les politiques qui ne s’intéressent plus à la chose economique avec volonté et compréhension, ne nous donnent pas cet espoir en l’avenir. Nos économies sont bloquées, en panne de vision. Ce n’est pas de la faute des politiques, mais de leur responsabilité de nous offrir en réflexion un objectif, une stratégie, unie vision… Nous avons besoin de confiance pour investir et avoir l’envie d’avoir envie.
Alors merci Manuel de nous offrir ce morceau d’architecture qui fait avancer notre réflexion et notre espoir en un avenir … économique, voir plus !
Ci-après, le discours in extensio :
Le Régime de l’Entreprise Ultramarine
Manuel Baudouin
Conférence « Contact-Entreprise » du 21 mars 2013
"Je pose la question aux chefs d’entreprise ici présents.
Qui d’entre vous n’a jamais pesté contre l’instabilité de la réglementation applicable aux entreprises, en général, et en particulier celle de la réglementation spécifique à l’outremer ? Je pense à la défiscalisation, mais aussi aux lois sur les charges sociales, etc.. J’évoque ici le thème de la stabilité des textes.
Qui n’a jamais eu à faire œuvre de patience pour faire comprendre à un partenaire extérieur, un fournisseur, un banquier que certes nous étions en France, mais que nous avions quelques particularités réglementaires, comme l’octroi de mer, par exemple, jadis la TVA NPR, les fériés locaux… et qui n’a jamais senti l’incrédulité, puis la circonspection de cet interlocuteur, se demandant ce qu’il « allait faire dans cette galère », face à des règles obscures, et peu connues. J’évoque ici la question de l’accessibilité de nos règles de droit privé, et de leur transparence.
Et simultanément, qui ne se rend pas compte, au quotidien, de l’absurdité de certaines dispositions législatives issues du droit commun qui ne devraient pas peser aussi lourdement sur les entreprises de l’outremer. Nous le savons bien : on n’exerce pas le métier d’entrepreneur en Martinique de la meme façon que dans un Continent et avec les mêmes contraintes. J’évoque ici la question de l’adéquation des règles à l’environnement de travail.
Nous avons tous à nous confronter à ce problème : comment assurer des règles du jeu de l’entreprise stables, véritablement adaptées, mais suffisamment lisibles et indentifiables pour que les acteurs locaux, mais aussi et surtout les partenaires extérieurs, les pratiquent en toute sécurité ?
La réponse pourrait passer par l’affirmation de cette différence. L’assumer par la création d’un véritable statut, ou disons régime, de l’entreprise ultramarine, faisant l’objet d’un code juridique clairement identifié.
1 : la problématique : nous vivons dans une culture d’exception et de dérogation
2 : Comment faire pour sortir de cette situation de marchandage permanent ? La notion de régime de l’entreprise ultramarine.
3 : Quels avantages peut on espérer de ce projet ?
LA PROBLEMATIQUE : Le processus d’adaptation des normes juridiques privées à nos réalités d’entreprise est souvent insatisfaisant.
L’entreprise d’Outremer a besoin de règles adaptées à son environnement, mais la méthode d’adaptation reste trop empirique.
Tous les responsables politiques reconnaissent que les conditions d’exercice de la profession d’entrepreneur sont différentes de celles de leurs homologues continentaux
Eloignement
Exiguité du marché
Immersion dans un voisinage dollarisé, comportant une devise différente, des règles non européennes, des barrières douanières et réglementaires à l’entrée, et des statuts sociaux dégradés.
Malgré cela, aucune réflexion d’ensemble n’a jamais tiré les conséquences de cette situation objective. Un début avec la mission 349, mais on n’en connaît pas encore les résultats.
Donc l’adaptation aux réalités locales a toujours été liée à des situation d’arbitrage politique immédiat, dépendant de l’organisation des groupes de pression, et de la sensibilité plus ou moins grande de Paris, ou de Bruxelles, à leurs actions.
L’entreprise ultramarine est donc confinée dans une « culture de la dérogation », voire de la mendicité législative ou du marchandage politique
Les conséquences de cette situation : Opportunisme, Perte de vue d’ensemble et Illisibilité de nos particularismes juridiques.
Des dispositions d’opportunité donc fragiles et réversibles, voire meme contreproductives car souvent inspirées par des partis pris idéologiques et non rationnels :
La fragilité. Défiscalisation. Loi Pons 1986 : modifiée par LF 1992, rectificative 1993,1994, 1996,1998, 1999, puis LOPOM, et enfin Girardin de 2003, affichant un objectif de stabilité pour 15 ans, vite démenti dès 2008. LF 2011, fin photovoltaique et réduction avantages fiscaux.
Et on nous promet bien pire pour 2014, avec au passage rien moins qu’une censure récente du Conseil Constitutionnel !
La réversibilité.
Lois sur charges sociales Loi Perben 1994. LOOM 2000, LOPOM 2003, LODEOM 2009, Loi de finances 2011 et 2012
Abattement du tiers à l’IS a été rayé d’un trait de plume.
De meme la TVA NPR
Simultanément, la trop grande place des partis pris idéologiques ou des groupes de pression permet sous prétexte d’adaptation de glisser des mesures très discutables. Deux exemples.
Loi sur la vie chère. Typiquement politique.
Pénaliser nos fabricants de yaourts locaux en offrant à leur concurrents de l’extérieur une DLV étendue au nom de l’ éloignement procède de la fausse bonne idée, et du véritable lobbying. Création d’une insécurité juridique.
L’absence de vue d’ensemble, créant des situations inextricables : la LODEOM ayant traité dans les secteurs exposés la question des charges sociales patronales, on constate malgré tout que de nombreuses entreprises se trouvent en difficulté à cause de leurs passifs sociaux, et par exemple incapables de soumissionner à des marchés publics. Or la loi interdit les moratoires sur les précomptes salariaux, et la crainte d’une extension à l’Hexagone par la technique du « précédent » revendiqué à l’échelon national empêche d’avancer sur le sujet. Donc, alors que la LODEOM voulait traiter un problème, elle bute sur une incompatibilité qui aurait pu etre levée dans le cadre d’un texte résolument distinct du droit commun continental.
Problème d’accessibilité. Notion essentielle, consacrée par la Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel. Le citoyen, mais aussi l’entreprise, doit pouvoir se positionner face à des règles « accessibles », (autrement dit transparentes et faciles à cerner) et « intelligibles » (donc compréhensibles et lisibles). Force est de constater que l’empilement, la sédimentation des dispositions législatives, réglementaires, et surtout leur dispersion dans des textes épars, ne permettent guère d’offrir accessibilité et intelligibilité, ceci tant pour les candidats à l’investissement, outremer, ou au partenariat, mais aussi aux opérateurs locaux eux mêmes.
Il nous faut donc sortir de cette logique d’exception, et revendiquer l’idée non pas de dispositions dérogatoires, mais bien d’un droit commun de l’entreprise distinct, et complémentaire, du droit commun continental.
Avantages et buts poursuivis :
Lisibilité. Identifier et accéder à ce corpus juridique sans crainte d’omettre une disposition cachée, ceci étant valable pour les opérateurs en place mais aussi pour les outsiders candidats à l’investissement.
Espace de créativité sans crainte du « précédent » pour l’hexagone : typiquement, la question du précompte de sécurité sociale et des moratoires.
Le droit d’inventaire : la mise en cohérence. L’intervention systématique de MEDETOM dans les textes d’entreprise.
La stabilité : donc l’émergence des conditions de la confiance.
COMMENT FAIRE pour sortir de l’exception et entrer dans un nouveau droit commun de l’entreprise sans pour autant faire naitre la crainte qu’on ne serait plus en terre française ?
Initiative prise par ACCIOM sous l’impulsion de la CCIM, qui souhaite dans l’immédiat faciliter l’accès au droit applicable, et dans un second temps rendre plus aisées les réformes de fond et les adaptations du droit aux entreprises d’outremer.
Déterminer un cadre large : « les entreprises ultramarines ».
Dépassant toute limitation sectorielle, on définira l’entreprise ultramarine, concernée, comme toute entreprise ayant :
son siège social outremer
la réalité de son activité principale outremer
et le cas échéant réinvestissant une partie de ses profits outremer
Inventorier les dispositions dérogatoires existant dans le droit positif actuel et les codifier (lisibilité accessibilité identification). Code de l’entreprise ultramarine.
Chapitre particulier du Code de Commerce ? Code éditorial ? débat en cours
Faire admettre aux yeux de tous, l’existence d’un droit spécifique, complémentaire au droit commun de l’entreprise, bati par sédimentation historique, et donc imparfait…mais un droit qui n’est pas le résultat d’un parti pris idéologique, et encore moins d’une réflexion de type institutionnel, mais simplement la conséquence de réalités géographiques et sociales distinctes (forum de haut niveau)
La dernière étape, la plus riche de progrès, consistera à les toiletter et les compléter avec un souci permanent de cohérence, et de stabilité, sans se préoccuper d’éventuels risque de contagion au droit commun continental, dans le cadre du code de l’entreprise ultramarine évoqué plus haut.
QUELLES CONSEQUENCES PRATIQUES POUR L’AVENIR ?
Une fois le terrain déblayé, les pistes de progrès sont nombreuses. (la quatrième étape). Quelques propositions.
Le droit social :
Droit syndical. la reconnaissance des syndicats locaux, ne doit elle pas s’accompagner d’un effort particulier de formation pour créer les conditions du dialogue
Le modèle économique de certains secteurs exposés à la concurrence : hotellerie. Le rapport Sintorin pointe le décalage entre conditions d’exploitation des hotels de la caraibe, et les leurs, et demande qu’on en tienne compte une fois pour toutes (charges, congés locaux, grilles indiciaires, etc..)
politique des revenus : un jour viendra ou il faudra s’interroger sur des questions aussi fondamentales que le financement global de notre protection sociale, dans un monde qui vieillit, ou que la politique d’équilibre des revenus entre public et privé, paramètre typiquement ultramarin, mais dont on sait qu’il pèse sur l’adhésion limitée des populations au secteur privé local, auquel on préfère souvent la fonction publique, ou pour la jeunesse le départ à l’extérieur ? Comment revaloriser le salaire disponible servi par le privé sans charger les entreprises, comment remettre à niveau les salaires du public par rapport à leur valeur ajoutée réelle, comment faire tout cela sans perte globale de richesse pour nos iles ?
Le droit économique : ne doit on pas revisiter le droit insulaire de la concurrence en prenant en compte deux paramètres typiquement insulaires :
La nécessité de maintenir une concurrence suffisante pour éviter les rentes
Mais aussi le souci de ne pas brider les entreprises dans leur croissance, compte tenu de l’exiguité des marchés insulaires.
Le droit foncier : on sait aujourd’hui que tant pour les entreprises que pour le logement, notamment social, et meme pour l’agriculture, il est indispensable de débloquer le marché du foncier. Or, pour des raisons tenant à l’histoire des iles, les propriétés sont souvent gelées par des successions non réglées. Vu l’enjeu ne peut on réfléchir à un assouplissement des règles permettant de traiter avec des majorités qualifiées présentes dans l’ile ?
Les formalités et les juridictions :
Rappel : la tenue du RCS a été accordée du bout des lèvres aux CCI, de peur de créer un précédent dans l’Hexagone. Il faut que cette réforme aille au bout de sa logique en confiant la tenue du RCS aux CCI dans un cadre identifié : l’entreprise ultramarine
Les juridictions commerciales : échevinage. Donnent satisfaction, doivent elles etre impactées par la réforme des TC de l’hexagone ?
Le droit de la commande publique
« préférence locale ». Le droit des marchés publics a été exclusivement concu pour les espaces à débouchés larges, et à intervenants solides. Il ne prend pas en compte l’absorption des couts fixes par des intervenants extérieurs, qui disqualifie de facto bon nombre d’entreprises locales incapables de s’aligner sur les prix, alors qu’elles détiennent une qualité de produits et de savoir faire équivalents. Les pistes d’amélioration, sans compromettre les intérets des donneurs d’ordre, existent : nous en avons besoin si l’on croit a l’avenir des entreprises locales.
compensations dettes créances : vu la place occupée par la commande publique, la question de la fluidité des signes monétaires publics, et des délais de paiement, est essentielle. Il est temps, dans un si petit pays, a la fois d’accélérer les procédures d’engagement, mais aussi de faire tomber les murs et de permettre des compensations dettes publiques/créances publiques pour l’instant non admises au plan national
Enfin, vient le cas particulier du droit fiscal.
Ce chapitre sera évidemment le plus sensible mais ce sera sans doute le plus fécond.
On y trouvera bien sur la stabilisation des procédures de défiscalisation, une fois pour toutes réputées instrument de financement et non « niches fiscales ».
Et on pourra y trouver, le cas échéant, des mécanismes totalement inédits dans l’hexagone. Un exemple : imaginons que la TVA OM soit baissée…est ce une folie ? non La Guyane et Mayotte ne connaissent meme pas la TVA. Imaginons que cette manne (pouvant aller jusqu’à 8,5% du PIB marchand !) serve à la fois à la constitution d’un fonds d’investissement, grace à une montée de l’OM, ou par tout autre mécanisme..et par aillleurs à une baisse des prix, stimulant la consommation : n’aurions nous pas la les bases structurelles d’une relance saine, par l’investissement public et la consommation ? A partir desquels peuvent se mettre en place des mécanismes d’investissement privé, spontané..
Un tel projet peut lui aussi faire redouter une tentation de généralisation : cantonner ce thème dans le cadre ultramarin est la seule façon de le rendre audible et défendable.
La fiscalité n’échappera donc pas au projet..mais elle ne pourra venir qu’en fin de chantier, car la masse des enjeux fiscaux risque de compromettre la dynamique globale du projet si on en fait une précondition…
CONCLUSION : limites et vertus de l’exercice.
Evitons tout malentendu sur ce projet.
Enonçons ce qu’il n’est pas, pour mieux comprendre ce qu’il vise.
1- Ce que n’est pas cette proposition de « régime de l’entreprise ultramarine » :
a- ce n’est pas une contribution à une quelconque démarche institutionnelle. C’est simplement la recherche pragmatique de solutions à des questions qui interfèrent avec notre activité, notre stabilité et notre crédibilité extérieure. Ce point est extremement important, car il ne manquera pas de faussaires cherchant soit à récupérer le projet à des fins politiciennes, soit au contraire à le discréditer sous prétexte de soi disant résonnances institutionnelles. En réalité il n’en est rien : la démarche ici proposée n’est que la rationalisation d’une évolution en marche depuis un demi siècle, et qui n’a rien à voir avec les débats institutionnels.
b- ce n’est pas non plus une idée qui prétend régler en elle meme la question du développement outremer.
En matière de droit public comme du droit privé, il est tentant de croire ou de faire croire que le juridique détient la clef de tous les problèmes.
C’est une erreur. Le juridique est au service de l’économique, il n’en est pas le moteur. Il n’en est que le cadre.
L’exercice proposé ici n’est donc pas une panacée, qui se substituerait à l’initiative entrepreneuriale, pas plus qu’en droit public le travail sur les institutions n’est une panacée pour le développement : voir paroles sages de Mme Borel Lincertin, Présidente de la Région Guadeloupe, qui s’exprimait récemment sur les illusions que pouvaient engendrer les réflexions sur les modifications institutionnelles, autrement dit sur le droit public
« Il ne faut pas donner aux institutions les vertus qu’elles n’ont pas
Elles ne suffisent pas à créer des emplois
Elles ne créent pas comme par magie le développement
Elles ne prémunissent en rien contre la vie chère… »
Nous pourrions dire la meme chose sur le droit privé, et à propos d’un code de l’entreprise ultramarine. C’est une méthode, et une méthode ne peut prétendre à plus que l’organisation d’un cadre. Ce n’est pas en soi un moteur.
2- Ce qu’est en revanche cette proposition, ce qu’elle cherche à apporter : une méthode destinée à « fabriquer de la confiance ».
L’adaptation est nécessaire, personne ne le discute. Mais comment y parvenir ?
Sortir de la « culture de la dérogation », c’est reconnaître qu’on est dans un « terrain de jeu » différent, et assumé comme tel.
Fournir un cadre adapté, cohérent et lisible, peut créer les conditions du rétablissement de la stabilité, donc du long terme, donc de la confiance, et donc de l’investissement.
Cela peut aussi permettre de prévoir des dispositions particulières et stables pour régler certaines questions de cohabitation avec notre environnement géographique.
Observons enfin qu’elle présente également un intérêt similaire pour tous les territoires ultrapériphériques, ce qui pourrait lui valoir de trouver des prolongements en droit européen. (cf débat sur la PME Européenne, par exemple, définition inadaptée aux petits territoires insulaires, et privant certaines filières de soutiens européens..)
Notons enfin qu’en cette période de révision systématique de toutes les aides d’Etat, la défense de certains avantages destinés aux entreprises d’outremer devra etre solidement argumentée : le régime juridique, et sa codification, offrent un cadre de référence appréciable capable de fournir une véritable justification à certaines mesures impactant le budget national, en définissant un modèle économique cohérent, homogène, et stabilisé.
Ni déjà un « tout » mais plus vraiment un « rien », à l’état de masse protéiforme en devenir, le projet de régime de l’entreprise ultramarine est aujourd’hui devant vous. Il n’existera que moyennant l’adhésion de ses utilisateurs, autrement dit vous memes.
Le chantier avance, vous y etes tous invités car c’est avant tout le votre."
Manuel Beaudouin
21/3/13
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CibleS vous ouvre ses portes!
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Éteindre les dettes sociales serait fausser la concurrence !!!
Dans sa note de conjoncture élaborée avec l’ADEM, CONTACT ENTREPRISES, cite Olivier Sudrie du cabinet DME : "l’urgence serait d’opérer un choc de croissance d’environ 250 M€, correspondant à 3 points de croissance, en relançant la consommation des ménages (par une baisse de TVA, par ex ?) et par la commande publique. Aujourd’hui, les entreprises sont en panne de capacité d’exploitation, leur niveau d’endettement et de charges ne leur permettent plus de dégager la moindre marge de manœuvre. Selon certains, c’est donc sans doute l’exploitation des entreprises, plus que les investissements de capacité, qu’il faudrait soutenir au titre de la compensation des handicaps structurels : par une exonération totale des charges sociales patronales et salariales, par exemple ?"
Partant de ce constat, et sur ce dernier point, il faut bien avouer que les millions de dettes sociales accumulés par les entreprises de la Martinique ou de la Guadeloupe sont sources de divergences d’analyse.En effet, je suis un chef d’entreprise qui paie ses dettes souvent avoir d’avoir pu recouvrer ses créances. L’art est difficile et nous, dans nos entreprises, consacrons beaucoup trop de temps à gérer nos trésoreries. Nous sommes très nombreux dans ce cas!
Mais je ne voudrais pas que les politiques, qui nous défendent, perdent de vue l’impérieuse nécessité de ne pas fausser la concurrence en permettant aux entreprises en difficulté de se soustraire aux fardeaux des charges obligatoires et retrouver une santé éclatante ! Alors que les entreprises saines et à jour seraient défavorisées.
En effet cela se ferait en défaveur de celles qui ont fait des efforts pour être en règle depuis des années !
Je ne dis pas que les difficultés sont à ignorer, mais les efforts des entreprises, à jour, doivent être pris en compte. Dans le cas contraire, le Conseil d’Etat devra justifier une aide discriminante au profit d’entreprises défaillantes. Dès lors, il faudra, cas par cas, justifier de la pertinence des difficultés… Même pas peur !
Ce n’est pas la première fois que les aides jouent en défaveur des entreprises méritantes. Il y a là un jeu subtile à "qui gagne, perd" !
Considérons que les charges non payées permettent à l’entreprise en difficulté de s’en sortir ! Qui répond aux questions de fond sur l’entreprise concernée ? : Pourquoi est-elle en difficulté ? Qu’en est-il dans le même secteur ? Est-ce structurel, sectoriel, conjoncturel ?
Autant de questions rarement posées.
Les aides doivent avoir un objectif clair et clairvoyant; éclairé et prospectif.
Le récent cas de l’augmentation des taux de financement des fonds européens et de la brusque utilisation en résultant, en est l’exemple parfait. Combien de projets fumeux (sans rire), sans étude sérieuse, sans analyse de l’efficience marketing, ont été financés pour voir partir "en fumée" (sans rire bis) des centaines de milliers d’euros de financement public ?
Pour paraphraser François Rabelais disant : "science sans conscience n’est que ruine de l’âme", je dirais : "aides sans mesure et discernement ne sont que ruine de l’économie."
Et puis pèle mêle, il y a le problème des appels d’offre avec la légale nécessité d’être à jour des cotisations sociales et fiscales, alors même que les collectivités paient avec retard; mettant les entreprises dans la situation de ne pas pouvoir honorer les paiements. Il y a là un paradoxe qui ne semble pas gêner les organismes sociaux, mais qui affecte profondément les entreprises des DOM.
Vous comprenez bien que celui qui paie est en situation de désavantage financier si celui qui ne paie pas voit ses dettes effacées. Il y a distorsion inadmissible de concurrence. Il serait trop facile d’effacer la dette de 800 millions d’euros de nombreuses entreprises, quand d’autres, en règle, reçoivent un recommandé pour 6 euro d’impayés ! Le coût effectif de la rédaction, et de l’envoi du courrier est sans aucun doute supérieur au montant réclamé… mais soit, nécessité fait loi !
Cela ne ressemble t’il pas à s’y méprendre à une chasse aux entreprises méritantes? Il faut, toutes proportions garder, faire preuve d’un peu plus de bon sens et d’analyse au cas par cas. Trop long rétorque t’on ! Mais les emplois en jeu ne valent ils pas cet effort ?
Mon métier nécessitant d’être transgressif, je lance l’idée, certes facile, mais lourde de portée en cas de mise en place de cette mesure d’effacement des dettes sociales : la "Grève" du paiement des cotisations sociales.
L’Etat jouant au jeu du pendu avec nos entreprises via : l’arrêt sans coup férir de la défiscalisation, des autorisations de prolongation de la Chlordécone et autres épandages… je propose à toutes les entreprises, de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane et de la Réunion, de ne plus régler leurs cotisations sociales, afin que nous soyons toutes sur le même pied d’égalité. Elles seraient déclarées en temps et en heure, mais pas payées. Les syndicats professionnelles doivent soutenir cet acte de revendication légitime.
A défaut, que l’on propose un plan de paiement à ces entreprises qui ne paient pas leurs cotisations. Mais il est important et nécessaire qu’elles paient leur dette à la société. Faute de quoi, nous courons droit vers un mur, et tête la première…
Franck Zaméo, chef d’entreprise.
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La Martinique a besoin d’un coup de fouet économique : et si il venait de l’Internet et des petites entreprises
Pour pousser notre économie vers le haut, la Martinique doit tirer davantage parti de l’industrie numérique et notamment des infrastructures de télécommunications.
Que ce soit les consommateurs, les entreprises ou encore les collectivités, les Martiniquais seraient trop lents à s’adapter à la réalité numérique par rapport aux autres pays développés, et nous en subissons les conséquences. En effet, les entreprises qui ne s’adapteraient pas à Internet en souffriraient.
Pourtant, la Region a investi massivement dans la fibre optique, mais les effets se font attendre! La Region encourage les entreprises du pays à innover, conscient que le web a fait tomber de nombreuses barrières et notamment exposé les entreprises de l’ile à la concurrence sur les marchés internationaux.

L’exemple de l’Australie.
Le continent-île🐨 est certes très loin 😉de notre Martinique sur tout les plans, mais les Autraliens, loin des centres mènent un combat d’où nous pourrions apprendre, benchmarker comme l’on dit. Selon une étude menée par Boston Consulting Group, Internet générait en 2012, 3,3% du PIB Australien, comparativement à une moyenne de 4,3% pour les pays industrialisés. En effet, la performance en ligne serait pauvre comparée au niveau de vie des Australiens. Quant à la croissance, elle se développe à seulement 3,7% par rapport à la croissance moyenne de 5,5%.
Reste que le pays semble avoir saisi l’ampleur des enjeux. Le ministère de la communication Autralien cite ainsi une étude d’IBIS world, qui estime que des améliorations en matière de technologie de l’information et de la communication à haut débit permettraient à l’Australie de revenir jouer les premiers rôles. Et ça tombe bien, puisque début 2013, la construction d’un réseau national à haut débit devrait être en chemin et accessible à une grande partie du territoire d’ici 2015. Selon le cabinet, cela permettra de faciliter la croissance de l’exportation de services, que ce soit sous la forme du tourisme, de l’éducation, des services de santé et d’affaires, de l’Internet. Le pays pourrait voir sa croissance à long terme revenir à 1,7% en 2020.
Mais construire des réseaux ne suffit pas.
La Martinique doit former et assister sa population active, ses consommateurs et ses entreprises pour les doter de compétences en matière de numérique et d’esprit entrepreneurial.
La création d’entreprise est perçue comme un jalon de plus en plus important du dynamisme d’un pays. Mais pour cela, il faut rendre le terrain plus favorable à la prise d’initiatives.
Les entrepreneurs auront un rôle essentiel dans l’économie du 21e siècle dans les pays, appuie McKinsey dans une étude : 319 millions de personnes dans les pays développées (soit 12% de la population active) sont ainsi engagées dans des activités récentes d’entreprenariat. Et les PME représentent déjà 52% du PIB des pays du G20 et 64% des emplois, soit moins que chez nous. Selon le cabinet, dans un contexte financier incertain, les entreprises doivent en effet se montrer réactives et innovantes pour sortir leur épingle du jeu. Or ces qualités sont souvent caractéristiques des entrepreneurs des TPE, amenés à voir leur importance grandir dans les prochaines années. Pourtant, l’entreprenariat n’est pas une tâche aisée : seul 1 entrepreneur sur 7 concrétise ses projets. Certains leviers doivent du coup être actionnés par les collectivites pour faciliter l’entreprenariat.
Créer des écosystèmes favorables
Tout d’abord, il faut veiller à la mise en place d’écosystèmes favorables au niveau local afin que les entreprises et les autorités puissent développer des stratégies économiques cohérentes. Cela passe par une forte collaboration entre le système éducatif et le monde professionnel, confier des missions de recherche aux universités, encourager l’échange de compétences entre les acteurs déjà implantés et les jeunes entreprises. Il est également important de fournir des infrastructures performantes en matière de R&D, transports, réseaux de communication ainsi qu’offrir des avantages (assouplissement de taxes…) susceptibles de promouvoir la création de ces entreprises.
Il faut observer les exemples et initiatives allemandes qui s’y excercent depuis prés de 10 ans..
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Un suivi financier et une culture
Nous convenons tous de la nécessité pour les politiques de mieux accompagner les petites entreprises naissantes au niveau financier. Et la Région et les fonds européens le font bien, mais trop peu.
Il devient nécessaire de créer des places de marché à l’échelle régionale (un Nasdaq Caraïbes), afin de muscler l’expansion des entreprises innovantes et existantes. Il faut permettre à l’épargne locale d’aller sans crainte, donc avec des garanties, vers les entreprises locales. Les parents doivent comprendre que l’investissement d’aujourd’hui dans les entreprises,sont les emplois de leurs enfants, demain…
Il s’agit également de développer des mesures contre le chômage longue-durée en permettant à ces personnes d’expérience et de volonté de devenir entrepreneurs grâce à un accès aux prêts facilité et aux micro financements.
Les entreprises de conseils aux entrepreneurs, le conseil aux entreprise, doivent être mis en valeur. Sinon, comment une TPE pourrait elle croître sans assistance et réflexion sur son devenir, son expansion, l’achat de ses concurrents ? C’est le rôle externalisé des conseils.
Nous devons surtout aider au developpement des entreprises existantes. Les petites entreprises doivent grandir sans pâtir des aides données aux créateurs. Sinon les entreprises existantes meurent d’une concurrence néfaste engendrée par les aides à la création.
Enfin, nous devons nous employer, à la manière de Contact Entreprises, à créer une "culture de l’entreprenariat" : encourager la prise de risques, comprendre le caractère non définitif de l’échec pour permettre aux entrepreneurs de rebondir. Des initiatives concernant ce dernier point sont déjà à l’œuvre en Grande-Bretagne par exemple, où 90% des programmes scolaires initient les élèves aux thèmes entrepreneuriaux dès 11 ans.
Tout un programme ! Oui et à prendre à bras le corps par les politiques hors des sentiers stériles. Je ne suis qu’un entrepreneur, attaché à l’entreprise. Mon rôle se borne à cela. Mais quel rôle!
An nou alé !!!
Classé dans entreprise, humeur






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