LE DECONFINEMENT AUX ANTILLES FRANCAISESPour un bon usage de l’insularité. Par Manuel Baudouin.

Je me fais l’écho de l’analyse pertinente de Manuel Baudoin sur la crise #coronavirus en Guadeloupe et Martinique. Alors pour comprendre les enjeu. sociaux à l’œuvre…

LE DECONFINEMENT AUX ANTILLES FRANCAISES
Pour un bon usage de l’insularité.
Après plus d’un mois de confinement depuis le 17 mars, la Martinique et la Guadeloupe se préparent d’ici le 11 mai à une étape critique, celle de la reprise de l’activité, passant par l’assouplissement des règles de comportement social qui avaient été imposées par les autorités pour éviter un pic épidémique insupportable pour l’appareil de santé: c’est le « déconfinement ».
Sur le principe, notre problématique est exactement la même que celle des nombreux autres pays qui ont pratiqué le confinement : à quel moment et de quelle manière estime-t-on nécessaire de désarmer, au moins partiellement, le dispositif de protection des populations pour faire repartir la machine économique, sachant que dans les semaines suivantes le virus va rapidement reprendre sa circulation, qu’aucun médicament efficace n’est disponible, pas plus qu’un vaccin, et que ce ne devrait pas être le cas avant de longs mois.
Mais par rapport à ces éléments communs à tous les pays concernés par le déconfinement, notre situation présente quelques singularités.

1- comme tous les citoyens ultramarins, nous vivons dans des territoires qui ont bénéficié de mesures de confinement « relativement antérieures » à celles de l’Hexagone, en termes de stade d’avancée de l’épidémie.
2- de ce fait nous sommes certainement aujourd’hui la partie de la population française la moins impactée. Or les différences sont déjà sensibles dans l’Hexagone: 12% dans le grand Est, et 2% en
Aquitaine par exemple.
En Martinique, si on ne se réfère qu’aux malades symptomatiques, nous en sommes à 173/370.000 , soit 0,05%. Et en Guadeloupe : 149 cas, taux comparable donc.
Si on élargit aux asymptomatiques, le résultat sera bien entendu supérieur; mais malgré tout mais il est clair que nous autres, insulaires, sommes caractérisés par une grande « naiveté » épidémique.
3- contrepartie de cette caractéristique, nous formons donc:

  • la population la plus sujette à infections de masse, car privée d’anciens porteurs immunisés2 – la population la plus éloignée du stade de l’ « immunité de groupe » (70%)
    4- par ailleurs, la composition de la population, toutes choses égales par ailleurs, la rend potentiellement plus sujette à syndromes graves3:
  • Nombre de seniors plus important (31% de plus de 60 ans contre 27% dans l’Hexagone), sachant que l’essentiel des décès COVID se situe chez les seniors
  • Obésité (27,8% des plus de 16 ans, contre 14,5% au plan national), qui double le risque de décès par coronavirus, y compris pour les moins de 50 ans.
  • Diabète : 30.000 personnes : affection qui triple le risque de décès des malades du COVID.
  • Drépanocytose, 2.000 personnes
  • Insuffisance rénale : 250 pour 100.000 habitants contre 60 en moyenne nationale.
  • On ajoutera l’ hypertension artérielle : plus de 40% contre 31% en métropole, mais il n’est
    pas certain qu’elle constitue un facteur aggravant face au coronavirus
    5- pour terminer le tableau descriptif, si on regarde le taux d’équipement de notre appareil de santé (notamment en salles de réanimation), de l’aveu même de l’administration nous sommes bien moins équipés que dans l’Hexagone….or nous assumons aussi traditionnellement la prise en charge de patients issus du voisinage : Ste Lucie, la Dominique.
    Même avec l’apport du navire militaire « Dixmude », les possibilités d’évacuation sanitaire
    interrégionale n’auront que peu d’utilité car les mêmes causes créant les mêmes effets, les deux iles soeurs risquent fort de ne pas pouvoir s’entraider . Le Directeur Général de la santé Jérome
    SALOMON a d’ailleurs fortement insisté sur la difficulté de gérer un pic de contamination outremer .
    Ceci étant dit, il faut bien sortir du déconfinement. Plus personne ne peut imaginer de le faire perdurer au delà du 11 mai, pour des raisons d’acceptabilité sociale, manifestement en cours d’épuisement.
    C’est à ce stade que les caractéristiques et facteurs de fragilité cités plus haut devront être prises en compte par les politiques publiques déclinées localement, car il faudra redoubler de prudence dans l’arbitrage protection sanitaire/activité économique.
    Mais par bonheur, dans cette course contre la montre entre le virus et la médecine (médicaments puis vaccin), nous disposons d’un atout maitre, et nous l’aurons toujours. L’insularité est indiscutablement la première protection des populations. Mais elle peut aussi être leur talon d’Achille.
  • Si l’on maintient le plus longtemps possible la protection insulaire par une limitation des entrées de sujets potentiellement contaminants sur le territoire, la population pourra vivre un déconfinement sans doute moins sévère que dans l’Hexagone, tout en prenant moins de risques que les populations continentales, ce qui permettra à la majorité des secteurs porteurs d’emploi de retrouver un niveau d’activité évitant une désagrégation des filières, du process de création de valeur.
  • Si au contraire on ouvre trop rapidement et trop massivement la possibilité d’entrée à des voyageurs, donc potentiellement à l’entrée du virus, nous risquons d’être vite entrainés vers un pic de contamination très sévère, qui pourrait à la fois nous frapper par sa forte létalité, l’insuffisance de notre appareil sanitaire, et notre éloignement des centres continentaux, qui cette fois ci jouerait à plein contre nous, car éloignement signifie aussi isolement sanitaire.
    4 L’opération héliportée d’un malade de St Martin au départ du Dixmude en direction du CHUM via un arret au CHUG, très spectaculaire, et largement décrite par la presse (cf France Antilles du 25 avril) est certes un épisode remarquable de coordination et de professionnalisme. Mais elle ne répond nullement à la problématique d’évacuations sanitaires massives que pourraient nécessiter une situation de crise épidémique aigue.
    5 Déclaration du Directeur Général de la Santé le 20 mars à propos de l’Outremer: « il sera vraiment difficile de prendre en charge de manière optimale un nombre important de malades sur ces territoires. »

Concrètement, une crise très aigue se traduirait par une saturation immédiate des hopitaux sans possibilité de délestage sur le voisinage, élément qui a été d’un secours essentiel par exemple dans le Grand Est : convois sanitaires vers l’Allemagne, vers l’Ile de France et vers l’Aquitaine. Devant l’augmentation incontrôlable des courbes de décès, nous pourrions être contraints à un retour brutal à un confinement « de catastrophe », d’une durée et d’une intensité sans doute élevées, ce qui se retournerait contre tous les secteurs économiques, sans parler de son cout humain très élevé.
Aucune solution ne sera exempte de risques, à la fois sanitaires et économiques. Des compromis et des arbitrages s’imposeront, tenant compte du facteur insulaire, donc prévoyant une stricte régulation des entrées de passagers « à risque ».
Pour s’acheminer vers une solution socialement acceptable, et raisonnable au plan sanitaire, tout en permettant un démarrage économique le plus rapide possible il convient d’introduire une distinction au sein des passagers entre flux touristiques et flux « affinitaires ».

  • Les premiers répondent à une consommation de loisirs, sujette à fluctuations, en fonction des conditions d’accueil et des incitations positives ou négatives adressées aux clients..
  • Les flux « affinitaires » comprennent à la fois les familles locales, mais aussi les cadres nommés ou en mission, privés ou publics, hauts fonctionnaires, magistrats, etc..et tous les résidents ayant le centre de leurs revenus outremer. Ils répondent à des motivations immédiates et obligatoires.
    1- Les flux touristiques.
    Prenons le risque de l’écrire : il convient de réduire au minimum le nombre de touristes arrivant dans l’ile et ce au moins jusqu’à 2021, ceci afin de réduire l’apport viral potentiel.
    Cela est possible : ces voyageurs ne connaissent pas d’impératif de dates, et leur visite peut être reprogrammée ultérieurement, certes avec de probables déperditions, mais toutes les destinations touristiques de longue distance seront logées à la meme enseigne en 2020 sur la planète.
    A l’échelon des deux iles, le problème se pose ici en termes d’arbitrage économique : faire un choix de limitation des entrées sur le territoire suppose d’accepter que le secteur économique lié au tourisme soit plus impacté que d’autres.
    a- Comment opérer le contingentement des entrées de touristes ?
    Il conviendrait de maintenir le dispositif de quatorzaine obligatoire, aujourd’hui prévu uniquement jusqu’au 11 mai. Ce dispositif a en effet deux fonctions : il a pour objet de « purger » une période de possible infection, en laissant le temps nécessaire à l’apparition d’éventuels symptômes, et à la mise en évidence du virus via des tests systématiques à l’entrée et à la sortie. Mais il constitue aussi un élément dissuasif dans la prise de décision du candidat au voyage, dont le séjour sera obéré par deux semaines de claustration obligatoire.

Il est souvent objecté que ce dispositif ne pourrait matériellement être maintenu au delà du 11 mai en raison du nombre de chambres qu’il exigerait pour fonctionner. Ainsi, au 25 avril, soit en seulement une semaine, 112 personnes sont déjà concernées par ce dispositif en Martinique, soit dans une résidence de vacances située au Vauclin, soit dans un hotel de luxe de Schoelcher.
Il est bien évident que si on raisonne à flux constants, les capacités d’hébergement entières n’y suffiraient pas. Rappelons que l’aéroport Martinique Aimé Césaire a totalisé plus de 2 millions de passagers en 2019 dont 1,8 millions de passagers nationaux.
Mais ce comparatif ne s’applique pas au cas d’espèce.
Les flux de passagers dépendent directement de l’environnement réglementaire, qui détermine le nombre de candidatures et l’offre de sièges. Ainsi, depuis la mise en place du confinement et de la quatorzaine obligatoire, le trafic aérien a été réduit d’un facteur 60.
Pour expliquer le nombre relativement important de passagers assujettis à confinement administratif, on peut supposer qu’une partie au moins d’entre eux, des touristes, avaient mal intégré le niveau de contrainte qui leur serait imposé, ou ont parié sur des tolérances locales, voire même sur l’agrément du cadre qui leur était proposé. Ces défauts de lancement devraient rapidement se corriger une fois que l’annonce de la quatorzaine obligatoire, effective et contrôlée aura été diffusée et comprise par les candidats au voyage. Une communication forte et précise doit etre relayée par les compagnies d’aviation au moment des réservations de billets.
Mais on peut aussi penser qu’une partie non négligeable de ces passagers actuellement confinés relève du « trafic affinitaire », et aussi du trafic interiles, pour lequel nous préconisons un régime différent, (voir infra) : ils ne seraient plus concernés par cette claustration de deux semaines.
Une fois clairement informés, les candidats au séjour touristique seront sensibles au maintien de cette quatorzaine contrainte, et qui constituera inévitablement un frein considérable aux candidatures de visiteurs extérieurs vers Antilles.
D’ailleurs, certaines compagnies aériennes ne s’attendent pas à une reprise du trafic justifiant une mobilisation rapide de leur flotte.
Ainsi, Air Caraibe dessert normalement chaque ile à hauteur de 3 vols quotidiens par ile vers Paris. Selon nos informations, la fréquence envisagée à partir de mi juin ne serait plus que de 3 ou 4 vols par ile et par semaine, soit cinq fois moins, et ceci largement pour faire face aux demandes de retours d’étudiants dans leurs familles.
Le maintien de la quatorzaine obligatoire et controlée pour les trafics touristiques n’impactera donc que marginalement les flux jusqu’au mois de novembre, date à laquelle la saison touristique démarrera. Mais il prendra une importance décisive à cette date dans l’équilibre sanitaire des iles.
Par ailleurs, est il besoin de préciser que dans cette hypothèse, les navires de croisière n’auraient plus accès aux ports de Fort de France et Pointe à Pitre durant la saison qui commence traditionnellement en novembre.
La question du volume des passagers à héberger ne devrait donc pas etre un empêchement décisif.
Une autre variante est d’ailleurs possible : la quatorzaine obligatoire pourrait etre organisée non pas à l’arrivée mais avant le départ, autrement dit sur sol continental, par exemple dans un hotel situé à proximité d’Orly. La contrainte resterait la meme….et la perspective d’un séjour de deux semaines dans une chambre parisienne serait sans encore plus dissuasive, sans doute plus que dans une agréable installation hotelière tropicale….
b- Conséquences sectorielles.
Concrètement, le secteur du tourisme sera le plus sérieusement concerné, et aura besoin d’un soutien massif, exceptionnel, ceci pour lui permettre de conserver son potentiel lors de la saison suivante en 2021.
S’y ajoutent les secteurs connexes : restauration, culture, qui seront eux aussi impactés…mais sensiblement moins si on tient compte de la consommation de la clientèle locale.
La question est donc de mesurer l’impact que ces limitations auront sur l’hotellerie au regard de l’avantage procuré au reste de l’économie, et surtout de prévoir les moyens financiers permettant à ces secteurs de redémarrer leur activité une fois la crise passée.
Car il s’agira au fond d’une véritable « catastrophe naturelle », devant etre traitée comme telle, à l’instar d’un cyclone qui peut ravager l’industrie hotelière sans pour autant obérer définitivement son avenir : cf Maria et St Martin.
Si on regarde objectivement les statistiques, quels est la contribution du tourisme à l’emploi, comparativement aux plus gros pourvoyeurs de travail 6? La question l’emploi est un « fil rouge » qui inspire toutes les politiques publiques, et cette sortie de crise ne devrait pas échapper à la règle.

  • premier pourvoyeur d’emploi : la fonction publique, ainsi que les services non marchands éducation santé et action sociale (40% des effectifs salariés)
  • le commerce : 11,5% des effectifs salariés
  • le BTP : 4,7% des effectifs salariés
  • l’agriculture (notamment la banane) : 3,4% des effectifs salariés – le secteur tertiaire (services marchands).
    Tous ces secteurs répondent essentiellement à la demande intérieure (clientèle locale) à l’exception de la banane, seul produit d’exportation significatif.
    De son coté la branche hotellerie-tourisme occupe 4,3% des effectifs salariés, et 1,7% de la valeur
    7 ajoutée .
    De manière purement macro-économique, on peut donc envisager une mise en sommeil temporaire du secteur de l’hotellerie, si cela permet de protéger les habitants permanents, à condition de prévoir une compensation suffisante du manque à gagner, notamment à partir de novembre (entrée en saison).
    On notera au passage que l’hotellerie ne fournit que moins de la moitié des chambres, le reste étant proposé par l’hébergement saisonnier privé, gites, et autres.
    6 Source : Rapport IEDOM et INSEE.
    7 En réalité la place occupée par le secteur touristique dépasse assez largement ces chiffres si on y ajoute les effets indirects sur l’activité intérieure : les travaux de construction ou rénovation d’habitat à des fins de location saisonnière, les consommations alimentaires des touristes, etc…tout ceci contribue aussi à l’injection de signes monétaires dans l’économie, en temps normal. Mais cette précision ne remet pas en cause le raisonnement général.

Or il existe au sein des deux iles une demande de résidents antillais, en vue de séjours locaux, adressée aux solutions d’hébergement saisonnier, mais aussi à l’hotellerie, et qui sera plus abondante que les autres années.
D’ores et déjà, en Métropole de nombreuses régions s’organisent autour du thème « redécouvrez votre territoire ». Entre Martinique et Guadeloupe, cette thématique devrait etre vigoureusement défendue. Mais l’orientation ne semble pas etre celle là.
Dès le 15 avril on pouvait lire sous la plume de la Présidente du Comité Martiniquais du Tourisme :
« nous pensons déjà à l’après et au plan de relance qu’il sera absolument nécessaire de mettre en oeuvre pour aller à la reconquête de nos marchés.
Nous y travaillons activement car dès que l’activité touristique redémarrera nous devrons être prêts. »
Doit on comprendre qu’un plan de relance sera prêt pour augmenter les flux entrants dès le mois de novembre ?
Cette orientation mériterait un vrai débat collectif, vu ses implications sanitaires collectives.
2- Les « flux affinitaires » depuis la Métropole.
Par « flux affinitaires », on vise ici les flux concernant des personnes ayant un lien fort avec l’ile : foyer familial pour les étudiants, source principale de revenus, habitation principale.
Les motivations et comportement des « flux affinitaires » se distinguent très sensiblement des autres.

  • Ils répondent à des nécessités affectives, professionnelles, économiques immédiates, indiscutables, indispensables et légitimes.
  • Ils occupent un habitat prévu à l’avance, non hotelier, stable.
  • Ils participent à l’activité économique, en tant qu’acteurs ou en tant que consommateurs.
    L’appartenance à cette catégorie de voyageurs est facile à établir : livrets de famille pour les liens de famille, avis de taxe foncière ou de taxe d’habitation pour le domicile, nomination administrative, contrat de travail, ordre de mission, etc..
    Dans un contexte de restrictions drastiques à l’entrée des voyageurs, ces personnes « affinitaires » doivent bénéficier d’un régime approprié, à la fois pour des raisons d’acceptabilité sociale mais aussi en raison de leur contribution à la reprise du système économique.
  • Ainsi :
  • Aucune famille ne pourrait supporter la mise en quatorzaine des jeunes étudiants de retour dans l’ile après une année d’études.
  • De nombreux cadres, fonctionnaires, magistrats, d’origine métropolitaine, ont regagné l’Hexagone juste avant le 17 mars, pour passer le confinement en famille. Mais, établis en Martinique, ils auront besoin de retrouver leur domicile local dès le mois de mai, et de contribuer ainsi par leur travail au retour à la normale, dans l’intérêt de l’ile.


Il ne saurait donc être question d’imposer à toutes ces catégories le régime restrictif des flux touristiques.
La proposition élaborée par M Christian Rapha, maire de St Pierre, et Docteur en Biologie, dans sa note d’avril 2020 intitulée « Des tests obligatoires avant de voyager » pourrait convenir à ce cas de figure.
Voici cette proposition :
« Comment faire pour endiguer la dissémination du virus et notamment pour éviter les cas importés ?
La mise en quarantaine, si elle s’impose pour les personnes malades ou testées positives doit être précédée par un contrôle exhaustif préalable (un screening) des voyageurs afin d’éviter de pénaliser les personnes non malades et de porter atteinte à leur liberté d’aller et venir.
Je suggère qu’un dépistage biologique soit imposé AVANT le voyage. Toute personne projetant de se rendre en Martinique devra obligatoirement présenter un certificat de dépistage duCovid attestant de sa non contagiosité.
Le test PCR et le test sérologique devraient être réalisés entre 14 et 7 jours avant le voyage. On écarterait ainsi la très grande majorité des porteurs du virus et on connaîtrait le statut sérologique de tous les passagers.
Une telle disposition est réaliste et tout à fait légale : un certificat de vaccination contre la fièvre jaune est exigé par de nombreux pays pour les personnes souhaitant les visiter.
Ce certificat de dépistage devrait être doublé d’un contrôle de la température à la montée dans l’avion. On écarterait ainsi les personnes PCR négatifs qui seraient éventuellement devenus symptomatiques depuis leur dépistage.
Ce dispositif serait de nature à rassurer les passagers et l’équipage.
A l’arrivée : ceux dont la sérologie a démontré qu’ils étaient immunisés au départ pourront rentrer chez eux, les autres pourraient être soumis à la règle du confinement (en centre de confinement ou à domicile). Du fait du test effectué entre 7 et 14 jours avant le voyage, la periode de confinement dans un centre pourrait être plus courte que 14 jours, et pourrait se conclure par un avis médical ou un test avant la sortie.
Cette dernière mesure (le confinement des personnes séronégatives) se révèlerait quasiment impossible à mettre en œuvre, et le sera encore moins quand les vacanciers reviendront. En outre, elle constitue une atteinte à la liberté de circulation.
Si l’option de l’auto confinement à domicile était retenue, on en appellerait à la responsabilité individuelle. Il pourrait être demandé ou imposé à ces personnes (séronégatives) un test sérologique dans un délai de 3 à 4 jours après leur arrivée. Ce test leur sera prescrit avant le
départ par leur médecin. »

In «Des tests obligatoires avant de voyager » Christian Rapha, avril 2020.

Cette solution est adaptée aux flux affinitaires, qui disposent d’un logis en Martinique, et peuvent donc pratiquer l’autoconfinement à domicile, sans recours à la quatorzaine controlée, ce qui n’est pas possible pour des touristes dont l’hébergement est temporaire, payant et découle d’un projet de visite du territoire.
On peut aussi penser que l’appel au civisme que suppose l’autoconfinement sera suivi d’effet de la part de populations ayant un lien fort avec l’Ile.
Ce schéma offre à la collectivité une garantie de sécurité sérieuse, même si elle n’est pas absolue…mais nous avons bien dit que des compromis seraient nécessaires.
Il convient toutefois de bien vérifier chaque détail car la clientèle affinitaire occupe la plus grosse partie des flux entrants. En particulier en juillet et aout les trois quarts du trafic sont concernés par cette clientèle.


3- Les flux interiles
Il convient de rappeler la croissance remarquable des flux entre Martinique et Guadeloupe depuis plusieurs années, à la fois au plan aérien et aussi au plan maritime.
Cette appétence réciproque des deux populations signifie que tant au plan touristique qu’au plan économique les deux communautés se rapprochent spontanément d’une entité unique, sans pour cela qu’un mot d’ordre particulier ait été prononcé.
Dès lors que les protocoles sanitaires envers l’extérieur seront exactement les mêmes, que la pratique des contrôles sera strictement identiques, il sera possible de considérer les deux populations comme un ensemble sanitaire unique.
D’ores et déjà le Préfet de Guadeloupe a décidé d’appliquer les mêmes dispositifs sanitaires dans les Dépendance qu’en Guadeloupe. Fortes de cette sécurité, les compagnies régionales ont obtenu le droit de transporter les populations sans contrainte d’une ile à l’autre.
Il doit en être de même entre la Martinique et la Guadeloupe.
Sans risque additionnel, l’activité économique pourra se réinstaller simultanément entre les deux iles, avec reprise des échanges de biens et services, mise en œuvre des économies d’échelle.
Par ailleurs, lors des grandes vacances, une demande touristique antillaise supplémentaire apparaitra d’une ile à l’autre, venant opportunément occuper partiellement les équipements en sous capacité.
Il convient donc de normaliser sans délai et systématiquement les toutes règlementations et pratiques sanitaires des deux iles.

EN CONCLUSION
Le bénéfice sanitaire de l’insularité est considérable. Il a jusqu’ici protégé les populations, et continuera de le faire s’il est judicieusement exploité.
En revanche, une ouverture irresponsable des sources potentiellement porteuses du virus aurait des conséquences incalculables sur l’état sanitaire des communautés résidentes, conséquences d’autant plus graves que l’isolement et la précarité des dispositifs de santé laisseraient ces mêmes populations privées de soins appropriés, et sans solutions d’évacuations sanitaires significatives.
Il convient donc de limiter drastiquement les entrées en général, en reportant à 2021 celles qui peuvent etre décalées (touristiques) et en traitant avec discernement les autres (flux affinitaires). Ces pratiques permettront d’alléger les contraintes du déconfinement, puisque les populations sont très peu infectées, et pourront le rester, sous ces conditions.
Une première indication de principe a été fournie ce 26 avril par le Préfet de Martinique : il semble que la nécessité d’une préservation de la situation actuelle sera prise en compte. On ne peut que se réjouir de cette résolution .


Il importe que les protocoles adoptés soient rigoureusement les mêmes en Martinique et en Guadeloupe. De la sorte, les populations des deux iles, dépendances comprises, resteront au même stade épidémique, et pourront faire l’économie des restrictions de circulations intra régionales, ce qui pourra aussi contribuer à la dynamisation de l’activité économique.
C’est pourquoi il est temps de contribuer de façon apaisée et responsable à un débat démocratique sur la protection des populations par l’insularité. Une information locale est nécessaire. Car le faible nombre de décès (14 au 24 avril en Martinique, 10 en Guadeloupe) et de cas graves actuellement constaté explique -sans pour autant l’excuser- une certaine désinvolture comportementale observée en fin de déconfinement et dont nous pourrions faire les frais de manière douloureuse dans les mois à venir si nous omettions cette réflexion sur les risques possibles à venir, car l’inocuité collective actuelle n’est qu’illusoire.
Quelles que soient les solutions retenues, il convient de garder en mémoire une réalité incontournable : par leurs caractéristiques démographiques et médicales, et en raison de la faiblesse de leurs structures sanitaires nos territoires ne sont pas équipées pour affronter des vagues épidémiques graves, et encore moins pour espérer une hypothétique immunité de masse.
Dès lors le déconfinement, indispensable économiquement, devra plus qu’ailleurs respecter une contrainte essentielle : protéger les populations insulaires et isolées en amélioration très fortement l’équipement de réanimation installé localement tout en « gagnant du temps » jusqu’à l’apparition de solutions médicales exploitables.

Manuel Baudouin , dirigeant d’entreprises. Schoelcher, 26 avril 2020.


Interview du Préfet Cazelles à France Antilles, dimanche 26 avril. « Les flux qui viennent de l’extérieur ne doivent pas effacer les efforts des Martiniquais qui depuis le début du confinement ont permis de contenir le virus et de ralentir sa propagation. »
10 Ces orientations sont exprimées en l’état actuel des connaissances du rédacteur, qui loin d’etre exhaustives. Par exemple, elles n’intégrent pas l’éventualité d’une mauvaise tolérance du virus aux températures élevées, qui si elles se confirmaient, changeraient radicalement le niveau de contraintes sous climat tropical.
Par ailleurs, les possibilités techniques offertes par le « tracage » sans géolocalisation « STOP COVID » pourraient offrir aussi des éléments d’assouplissement importants pour vivre les mois à venir, sous réserve d’acceptation collective : faute de données sur le taux d’adhésion sociale envisageable, elles n’ont pas été évoquées.

Manuel Baudouin. Ancien Président de la CCI de Martinique (2011/2016)

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